Usages

Le disque d'or

Deux constats récents (et impitoyables) lus ça et là, sont à mettre en perspective : d'une part, la mort annoncée du CD audio et d'autre part le grand retour du Vinyle. Cette imprévisible régression — du numérique vers l'analogique —, unique dans l'histoire des supports (histoire restant à écrire), ne serait que comique si elle ne démontrait pas, par ailleurs, les erreurs non assumées (et surtout non avouées) des majors vis à vis de l'évolution des médias — à prendre ici dans le sens de « prolongement de nos sens ».

Dernière erreur en date, et non des moindres, leur célèbre refus résistance à intégrer le web dans leurs modèles économiques — sous la houlette de l'implacable Pascal Nègre —, et leur incurable surdité vis à vis des nouveaux usages de la musiquenomadisme, échangisme, individualisme, fétichisme, communautarisme, etc… Le nombre de disques vendus par un artiste restent pour l'industrie musicale l'ultime et seul critère, issu de l'ère préhistorique — celle du disque d'or.

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Flickr, Thomas Hawk

Parallèlement, depuis l'invention du Walkman et de son casque ultra léger — vers la fin des années 1970 av. J.C. —, l'homo sapiens n'a jamais autant écouté de musique. Deux raisons à cela, qui n'ont cependant rien d'artistiques : d'une part la pollution sonore — besoin (et non envie) de s'isoler, d'éviter le bruit des autres — et d'autre part le besoin primordial de s'affirmer, de se différencier.

S'isoler et exister à la fois : fâcheuses tendances de notre vie métropolitaine que les opérateurs de téléphonie (eux) ont bien compris qui à travers la mobilité nous vendent plus l'image du baladeur (plus fun, plus nomade, plus individuel) que celle plus vieillote du téléphone ; intelligence et stratégie suprêmes : le succès de l'I-Pod ne servant qu'à ouvrir la voie à celui de l'I-Phone. La musique est désormais à considérer comme un besoin naturel que seule l'industrie musicale n'a pas encore intégré.

(1) Nous avons eu droit dernièrement à toutes sortes d'Etats Généraux — que j'aime qualifier à mes heures d' « Etat généreux » — sauf à ceux de la musique. Il est clair que repris dans les futurs manuels d'histoire la tenue des « Etats Généraux de la musique » ne ferait pas très sérieux… Et pourtant…

Radio libre

Initialement programmée fin 2008, l'arrivée de la radio numérique — enrichie de nouvelles fonctionnalités multimédias (voire interactives ?) — devrait bientôt, dit-on, révolutionner l'avenir douillet du bon vieux poste TSF. Les premiers terminaux — plus près d'un smartphone que d'un transistor — sont déjà au point, les grands groupes de communication — dont les télévisions — l'expérimentent, 358 dossiers ont été déposés au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) en octobre dernier ; mais au vu des tarifs prohibitifs imposés, la sélection se fera surtout par l'argent. Mais pas que…

Selon Marshall Mc Luhan (1911-1980), sémiologue culte des médias et auteur du non-moins culte « message is medium », la radio, média d'instantanéité et de proximité par excellence, est un média chaud… ! Du fait même de sa haute définition, le média chaud (toujours selon Mc Luhan) « ne permet que très peu de participation de l'audience » ; il laisse en quelque sorte l'auditeur tranquille…

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Flickr, Paveita

Et c'est précisément cette liberté (ne pas devoir participer), ce temps-libre en quelque sorte, que l'auditeur a toujours apprécié dans ce média — la radio reste le média préféré des français. L'usage de la radio est justement de pouvoir faire autre chose en même temps : travailler, conduire, prendre une douche, faire la cuisine, la vaisselle, l'amour, dormir même… en bref, tout sauf regarder la radio !

C'est (peut-être) là que se situe le cœur du problème des futures radios numériques : les humains auront-ils envie de perdre ce temps-libre ? Tout comme le passage du cinéma muet au cinéma parlant (en pleine crise de 1929), ce passage-là (vers une radio visuelle) marquera-t-il à son tour la fin d'un âge d'or ?… La radio numérique signera pour le moins la fin des radios libres….

A suivre.

La casse

Alors que le gouvernement convoquait en début de semaine les Etats Généraux de l'Automobile rassemblant pompeusement l'ensemble des acteurs de la filière (10% de la population active !), leurs homologues américains jouaient leur survie au salon de Detroit…
Durant ce temps, les sites Internet des constructeurs tournaient pépères : « Rejouer l'animation » proposait encore ce matin Renault.fr. Timidement, dans un petit encart papillonnant comme une bannière, la marque participait toutefois à la casse : « La France avance, Renault accélère » — slogan insipide et périlleux ne cherchant visiblement que le bâton pour se faire battre…

Quant à la concurrence (1), même discours : une prime à la casse de 1 000 euros par ci, une prime écolo de 4 000 euros par là, 1 000 euros offerts par la marque, assorties de conditions illisibles et croisées… Bref, s'il y avait un outil numérique à inventer pour les sites de constructeurs automobiles, ce serait sans doute une calculette — ou du moins un simulateur d'achat.

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Flickr, Racineur

Un des problèmes majeurs (quasi insoluble à court terme) reste que l'objet-automobile nous était jusqu'alors présenté (par les communicants) comme un produit de luxe (liberté, confort, sensualité, volupté) et que soudain, son axe de communication semble n'être plus que le prix. Quel contre-sens ! La base du luxe n'est-elle pas justement de ne JAMAIS parler d'argent ; personne n'a jamais vu de soldes chez Vuitton. Du moins pas encore…

Notons enfin (et c'est peut-être là l'essentiel), une nette accélération en terme d'usages et de besoins de locomotion — fort développement des transports en commun, retour anachronique de la bicyclette, « envol » du train, éparpillement des objets du désir, respect de l'environnement, nomadisme numérique… A ce rythme, la voiture risque très vite de redevenir un produit de luxe — comme à la belle époque — qui devra alors être traitée comme tel... D'ici là….

(1) Un « état général » dont nous n'avions jamais entendu parlé, mais qui se profile gentiment à l'horizon : les états généraux de l'alcool.

(2) Chez Citroën, c'est « Qui veut gagner 1000 euros ? »

Le gadget

Les études confirment notre intuition : cette crise aura au moins un avantage (elle en a bien d'autres), l'avantage de nous ramener peu à peu à l'essentiel, à l'utile, au précieux, et nous éloigne irrémédiablement du superflu, du futile, du gadget (1) — cause première de la funeste bulle technologique des années double zéro... Souvenez–vous des frigidaires "on line" et autre bizarrerie.

A titre d'exemple, il y a quelques jours, Google a annoncé qu'il renonçait sagement aux développements de certains de ses gadget-maisons : entre autres Notebook (143 utilisateurs à ce jour), Jaiku (vs Twitter) et Dodgeball (localiseur pour Mobile) ; des trucs dans le fond dont on se demandait d'ailleurs à quoi ils pouvaient bien servir, n'en déplaise à certain.

Oui, la crise va nous obliger (elle nous oblige déjà) à penser utile, bienveillant, ergonomique, à penser humain en quelque sorte ; en particulier, les nouveaux médias doivent intégrer de toute urgence cette valeur en amont, en aval, au sommet, à chaque instant. Tout idée doit être passée au crible de l'utile — dans son sens le plus fort : qui rend service. Tout nouveau projet, petit ou grand, modeste ou ambitieux, gratuit ou payant, doit répondre en quelque sorte à la question fondamentale : qu'avons-nous TOUS à y gagner ?

Désormais, soignons l'utile et l'agréable….

(1) Concernant le mot « gadget » le Petit Robert (Tome 1) propose une définition spartiate : « gadget (mot anglais), objet amusant et nouveau ». Le dictionnaire de l'Internaute en dit un peu plus et ajoute « mais pas obligatoirement utile » ; Quant à Encarta msn, il ose même : « objet dont on ne sait pas bien à quoi il peut servir » ou pire « fausse solution à un vrai problème ».

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