Presse

Sans papier

Il n'y a pas si longtemps que cela — disons au siècle dernier — les cyber-gourous de tous poils prédisaient avec un certain aplomb qu'au XXIème siècle les détenteurs de contenus (écrit, photo, vidéo, audio) seraient les maîtres du monde, que, remplaçant lingots d'or et matières premières, l'information serait désormais la nouvelle richesse du monde futur — le fameux monde de l'information, etc, etc... C'était du temps de J2M, à la belle époque

Ironie de l'histoire : dix ans ans plus tard, l'information est devenue gratuite, et plus inquiétant, banalisée. Est-ce pour autant la fin de l‘information ? Bien entendu, la réponse est non ! Outre la crise économique (réelle) que traverse en ce moment le secteur, la principale inquiétude vient du fait que les propriétaires de contenus ne savent plus quoi faire de cette richesse ; la crise est aussi morale. Pour ne parler que de la presse écrite, la réticence héréditaire qu'elle entretient envers Internet ne fait que confirmer cet état de fait. L'acte est suicidaire. Et pourtant…

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Flickr, Thomas Hawk

... Internet est sans nul doute le média le mieux adapté à la diffusion et à l'usage de l'information — hypertexte, audio, vidéo, richmédia, abondance des canaux, interactivité, fonctionnement en réseau, accès direct aux archives, etc. Relationnel de surcroît, Internet est d'abord un média ergonomique conçu sur mesure pour l'usage humain (1). Et le papier ne l'est plus !... Qu'on le veuille ou non, ce passage — du papier à l'écran — est obligatoire ; ce n'est plus qu'une question d'années, peut-être de mois. Le décrochage est bien réel.

C'est précisemment durant cet « entracte » — la crise — que les médias qui veulent survivre doivent prendre acte de ce phénomène inéluctable et planétaire, qu'ils profitent de cette chance pour mettre en place de purs produits numériques — éditoriaux, serviciels et communautaires — propres à ce média. Qu'ils prennent en quelque sorte, le temps pour PENSER Internet ; nouveau média… encore à inventer.

(1) Notons au passage qu'Internet couvre quatre de nos cinq sens, hormis l'odorat, si spécifique justement au papier.

La corbeille et le papier

Les crises que traversent simultanément le secteur de la finance et celui de la presse ont, pour le moins, un point commun : tous deux ont un grave déficit de stratégie d'investissement dans les nouveaux médias… Est-ce bien un hasard ?

Pas vraiment ! Ces deux secteurs d'activité, datant de la révolution industrielle, ont depuis toujours brassé tant d'argent « à l'ancienne » — entre la corbeille et le papier —, qu'ils ne voient pas pourquoi aujourd'hui, ils iraient investir fortement sur le média Internet.

Média qui plus est impalpable, leur rapportant chaque année, pour les uns : autant qu'une bonne vieille opération boursière réalisée en moins de cinq minutes, et pour les autres : le tarif (hors négo) de dix pages de publicité vendues chaque semaine dans un seul de leurs magazines papier-glacés… Pour « l'Ordre marchand », le média Internet n'est pas encore assimilé comme une source de revenues crédible.

On les comprendrait presque…

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Flickr, lrargerich

Les compagnies bancaires en particulier accusent un prodigieux découvert, si je puis dire, en ce qui concerne les services en ligne ; conseils, formations, dossiers pédagogiques restent denrées rares sur Internet, sans parler de la triste ergonomie proposée, si souvent déroutante voire rédhibitoire.

Pourtant, en cette époque épique, les banques (pour ne parler que d'elles) auraient tout intérêt à mettre en place des services en ligne à fortes valeurs ajoutées, instaurant à moindre frais une véritable relation avec une clientèle/audience en pleine déroute ; désormais, ce n'est plus au guichet que l'on instaurera cette relation !

La relation, élément-clé de tout commerce, justifierait-elle l'investissement sur Internet ?

Le retour du multimédia

Suite à la publication du passionnant (mais ésotérique) rapport Giazza sur les médias et le numérique — téléchargeable ici —, remis furtivement à l'Elysée le 17 septembre dernier, s'ouvrent aujourd'hui les Etats généraux de la presse (écrite) surnommés plaisamment le « Grenelle de la presse » ; notons au passage qu'en cette période de crise, la « grenélisation » de notre espace vital est plus que jamais à l'ordre du jour.

Bref, objectif de ce Grenelle-ci : trouver des solutions concrètes aux difficultés de la presse écrite face, et je cite là les mots présidentiels, « à Internet, qui est un problème considérable » et aux journaux gratuits ; une fois de plus, les nouveaux médias, alliés historiques de la gratuité, jouent leur rôle de boucs émissaires.

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Flickr, Rougerouge

Mais bien avant que ces Etats généraux ne débutent, une première piste de réflexion semblait « fortement préconisée » par les conseillers de l'Elysée : favoriser la création de groupes multimédias ; autrement dit, offrir plus de souplesse aux professionnels de la profession présents dans la salle.

Souhaitons en tout cas que les rapporteurs n'oublient pas d'indiquer dans leurs conclusions que les fameux nouveaux médias (appréhendés comme l'ennemi juré) sont, en outre, conçus par ces mêmes groupes de presse (écrite), au sein même de leur rédaction, à partir du même contenu. Sans cette prise de conscience essentielle et utopique, la création de groupes « multimédia » n'aura aucun sens.

À suivre…

Le poids des mots, le choc des photos

Aussi étrange que cela puisse paraître, selon le très sérieux cabinet Poynter, les gens (normaux) s'intéresseraient d'abord aux photos lorsqu'ils feuillettent un magazine papier (au détriment des textes), et aux textes lorsqu'ils surfent devant un écran ; sur Internet, la traditionnelle photo illustrative (vue et revue, souvent très moche et surtout redondante) perturberait donc la lecture.

Pour cette noble raison (où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir), Screenstory a choisi de ne placer ici que des photos n'ayant aucun rapport direct avec l'article concerné.

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Flickr, Mezone

A y réfléchir de plus près, ce phénomène (priorité à l'image dans la vraie vie) se constate aisement : observez un lecteur de magazine (dans la salle d'attente d'un dentiste par exemple), vous le verrez parcourir (nerveusement) son magazine en ne s'arrêtant que sur les photos (le choc des photos), puis lire l'article selon son humeur… et la grosseur du titre (le poids des mots).

Le récent changement de devise de Paris-Match (exit désormais « le poids des mots, le choc des photos » remplacé par un trivial « la vie est une histoire vraie ») rapproche certainement l'hebdo mythique des années 50's de la nouvelle presse people (dont il reste l'inventeur), mais l'éloigne de l'esprit visionnaire de ses fondateurs.

Bonne lecture donc.

La vraie vie est ailleurs

Composé de petits carrés noirs et blancs et ressemblant étrangement au code braille, le Flashcode est annoncé comme la version 2D du code barre classique exploitable via un mobile compatible disposant d'un logiciel de reconnnaissance de caractère téléchargeable ici.

Photographiées à l'aide d'un vulgaire téléphone mobile, ces petites pastilles optiques permettent (ou plutôt permettront dans un proche avenir) de connecter en un seul clic son terminal mobile vers un site Internet ou une vidéo, de recevoir un sms, de gérer un appel téléphonique, d'enregister une carte de visite numérique sur son répertoire,...

Notons au passage, que la ressemblance du flashcode avec son confrère « le code braille » pourrait laisser présumer que les consommateurs soient définitivement pris pour des aveugles tatonnant dans le paradis urbain, mais bon…

Les applications semblent infinies et fascinantes : visionner une vidéo associée à l'article d'un magazine papier (le magazine pourrait à terme ne comporter plus qu'un simple sommaire), écouter les commentaires d'une œuvre dans un musée sans emprunter l'infâme appareil mis à disposition par les autorités culturelles, télécharger la bande annonce d'un film en « flashant » le code inséré sur l'affiche, présenter son entreprise en mode multimédia à partir d'une carte de visite, accéder à des services spécifiques à partir d'une affiche 4x3, etc, etc. Bref, et en chiffres, d'ici fin 2008, Orange prévoit un million de téléphones équipés du lecteur compatible, et quatre millions d'ici fin 2009.

Ce nouveau service nomade trouve tout naturellement un vif intérêt dans le monde de la presse papier, jusqu'à présent en mal d'interactivité, pour n'employer qu'un euphémisme ; selon Xavier Dordor, directeur de l'APPM (Association pour la Promotion de la Presse Magazine), « Grâce aux codes 2D, l'interaction avec le lecteur (sera) rendue possible au moment même de la lecture d'un article (…) Si le public suit, nous étendrons ce test à tous les magazines qui en émettront le souhait ».

Reste à savoir si les « mobinautes » accepteront eux, d'utiliser un service (de plus) qui nécessite tout de même une connexion data (payante à l'unité) atteignant très vite le prix d'un magazine… papier.

Autre mauvais présage, et non des moindres : le Japon exploite ce type de "tag" (appelé là-bas QR, pour Quick Response) depuis des années ; 90% des japonais en sont de ferrus utilisateurs, démontrant une nouvelle fois leur gout inné pour les gadgets… sans lendemain.

Parions pourtant que ce lien idéal entre la vraie vie et la vie virtuelle trouve sa véritable place, à une seule condition : qu'il soit… gratuit ! Le 21ème siècle sera gratuit ou ne sera pas !

NB : l'agence neo05 prévoit en 2009 d'expérimenter cette technologie sur l'ensemble des musées de Midi-Pyrénées.

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