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Petit écran

Par Thierry Aoudja29 novembre 2009publié à 19:18 dans perspectives

Dans un fauteuil

Attention cet article risque d'être encore valable pendant 10 ans (ndlr)

Le petit écran — ancêtre vénérable de la famille « écran » — dont les seules évolutions appréciables restent jusqu'à présent la diminution de son épaisseur ( jusqu'à 3 mm) au profit de l'accroissement de la taille de sa diagonale ( jusqu'à 150 pouces, soit 3,81 m !), le petit écran donc, évoluera-t-il (un jour) vers un peu plus d'interactivité ? ou restera-il figé dans son rôle de diffuseur égoïste et égocentrique ? Le récent passage au tout numérique donnera-t-il un nouveau souffle à l'aïeul ? Enfin, et surtout, l'arrivée prochaine de la télévision interactive — annoncée depuis plus de dix ans — nous ramènera-t-elle vers le doux confort du canapé ?... Rien n'est moins sûr (1) !

A la lecture de quelques articles récents sur le sujet, on pourrait se croire dans les « années double zéro » (2) ; vous savez, l'époque bénie où tout était permis — du moins dans nos pires rêves numériques.

Mais la réalité est bien plus brutale ; armé de la vilaine télécommande Numéricable, il est déjà assez pénible d'accéder au guide des programmes — la plupart du temps non rempli par les chaînes —, alors imaginez lorsque le petit écran offrira la panoplie des services annoncés : news, VOD, shopping, jeux d'argent, radio, publicité, météo et autres widgets — en fin de compte les mêmes services qu'Internet … mais en plus lent...

Pourtant qu'il serait doux un jour de « surfer dans un fauteuil » ? Question d'ergonomie !

(1) La TNT est à la télévision ce que le Minitel fut au web : une cause de retard !

(2) Dans les années 2000, la perspective de voir les frigidaires parler n'effrayait personne.

Par Thierry Aoudja10 décembre 2008publié à 11:03 dans se divertir

Pulp fiction

Dès la lecture du pitch, le thème des aventuriers de 8h22 (saison 1) est bien ancré au coeur de notre époque récessive : « Gilles, 25 ans, fauché, paresseux mais plein d'avenir, n'a qu'une seule ambition dans la vie : ne rien faire ». Diffusée en 2006 exclusivement sur DailyMotion — il faut l'avouer avec une certain réussite — cette micro-série TV (8 x 8') sort prochainement sur le cable (1), et c'est là que les ennuis vont commencer.

En effet, la « web-série » possédait à l'époque le double avantage de permettre aux internautes d'intervenir directement sur le scénario des épisodes à venir, et surtout de susciter l'indulgence du public envers l'amateur ; notons que l'amateurisme est autorisé voire encouragé sur internet, c'est même son terrain de prédilection. Ces deux avantages perdus (participation et indulgence du public), que restera-t-il ? Pas grand chose…

titre

Flick, Baijg

Modèle même d'amateurisme (y compris même dans son sujet), la série en question risque fort de souffrir de la perte de son environnement naturel. Quoiqu'on en dise, les succès artistiques sur Internet se révélant dans la « vraie vie » restent une denrée rare (2), A l'instar du mouvement d'Internet vers le cinéma (dont nous avons parlé dans un billet précédent), le mouvement d'Internet vers la télévision est historiquement rétrograde ; le buzz et la relation restent l'affaire des nouveaux médias.

A propos d'amateurisme, Andrew Keen, surnommé « l'Antéchrist de la Silicon Valley », a publié en juin dernier un livre explosif : le culte de l'amateur ou comment Internet tue notre culture… Il nous explique que, sous des apparences démocratiques, Internet prône « la culture de l'amateurisme élevée en idéologie (…) au risque d'entraver et de censurer la vraie créativité… le grand mouvement utopique de notre ère contemporaine a son siège dans la Silicon Valley. » Fin de citation.

A bien y réfléchir, cet implacable constat tient la route : surabondance de blogs, journalisme dilettant, télé-réalité, star ac', succès des loisirs créatifs,… autant d'exemples de prises de pouvoir de l'amateur sur la créativité. Gageons qu'en 2009, les professionnels de la profession (re)mettront du coeur à l'ouvrage numérique : la crise doit être synonyme d'innovation.

(1) Diffusion des « Aventuriers de 8h22 » à partir du samedi 14 décembre 2008 sur Cap24 et DailyMotion.

(2) A mon sens, la seule véritable révélation du Web est le groupe de rock anglais Arctic Monkeys.

Par Thierry Aoudja25 novembre 2008publié à 14:50 dans perspectives

La loi des séries

Pour lutter contre la baisse sensible de fréquentation de leur audience (au profit entre autre d'Internet, l'ennemi juré), les chaînes généralistes ont décidé depuis quelques temps de ressortir de leur sac à malice un atout récurrent et hautement stratégique (depuis Belphégor) : la série.

De l'aveu même du « serial writer » Marc Herpoux (scénariste des oubliés, France 3) : « Plus la concurrence avec Internet sera rude, plus les chaînes devront proposer des rendez-vous réguliers ». Combat pour le moins grotesque à l'heure de la multiplication des écrans et de la VOD. Mais bon…

Malgré tout, cette tactique présente deux points forts non négligeables : la répétition (fondement même de la publicité) et l'addiction d'une audience toujours plus nomade, plus jeune, plus versatile ; utilisant parfaitement le concept de rendez-vous — souvent hélas le seul concept —, le « feuilleton télé » devient l'objet de séduction du sédentaire.

A propos, de ce concept de rendez-vous, qu'en est-il sur Internet ?

titre

Flickr, Gufu

Quels sont les lieux voués à la répétition sur le web ? Où sont les services addictifs ? Quid des rencontres périodiques entre une marque et son audience sur Internet, média avant tout relationnel ? La réponse se situe peut-être justement du côté des sites de médias (presse en ligne) : périodiques (un magazine est par nature périodique) et « fidélisants » (l'actualité est aussi un feuilleton).

Partant de là, pour développer sur le web les deux forces de la série (répétition, fidélisation), les marques n'auraient-elles pas tout intérêt à envisager leur (futur) site Internet comme un véritable site « média » (MON propre média dédié à MON propre territoire), renforçant du même coup la légitimité de ce territoire. Marques, mais aussi collectivités locales, comme neo05 l'a fait récemment avec la ville de Pau.

A suivre…

Par Thierry Aoudja19 novembre 2008publié à 12:00 dans communiquer

Connaissance du monde

En ce qui concerne le récit filmé de ses propres aventures, l'homme obéissait jusqu'à présent à une double attirance : une attirance pour le réel – le succès de la télé-réalité en est l'ultime signe contemporain –, et une pour la fiction et sa ribambelle d'artifices. Mélange plus ou moins subtil de ces deux penchants, la fiction documentaire ou docufiction, pur produit du 21è siècle, semble désormais devenir la tendance lourde du programme audiovisuel, et nous le verrons par la suite, de toute communication par l'écran.

De l'animalier Peuple Migrateur au « docu-polar » Faites entrer l'accusé, jusqu'aux jurés du Festival de Cannes décernant cette année la Palme d'Or à une fiction du réel, ce gout nouveau pour cette creative nonfiction (1) s'affirme de jour en jour ; Christophe Hondelatte, se hasardant un temps au conventionnel divertissement culturel a dû apprendre ce phénomène à ses dépends.

A y bien réfléchir, ce genre hybride (synthèse improbable entre le vrai et le faux) consiste en réalité, si je puis dire, à mettre en scène une histoire vécue, à « habiller » le réel, à « créer » autour de la réalité, et il n'y aurait qu'un pas à franchir pour affirmer que la communication par l'écran, et internet en particulier, fait aussi partie de ce mouvement irrémédiable.

Donner l'envie à une audience de s'attacher à un contenu réel, un récit — qu'il soit un fait divers, l'histoire du monde ou l'histoire d'une marque —, n'est-ce pas là le but que chaque acteur de la communication par l'écran souhaite atteindre ? Poursuivre à l'avenir cet accord fragile entre contenu (vrai) et création (faux).

(1) creative nonfiction, délicieuse traduction anglo-saxonne du néologisme « docufiction »

Publié à 12:00commentaires lien permanent

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