Institutions

La casse

Alors que le gouvernement convoquait en début de semaine les Etats Généraux de l'Automobile rassemblant pompeusement l'ensemble des acteurs de la filière (10% de la population active !), leurs homologues américains jouaient leur survie au salon de Detroit…
Durant ce temps, les sites Internet des constructeurs tournaient pépères : « Rejouer l'animation » proposait encore ce matin Renault.fr. Timidement, dans un petit encart papillonnant comme une bannière, la marque participait toutefois à la casse : « La France avance, Renault accélère » — slogan insipide et périlleux ne cherchant visiblement que le bâton pour se faire battre…

Quant à la concurrence (1), même discours : une prime à la casse de 1 000 euros par ci, une prime écolo de 4 000 euros par là, 1 000 euros offerts par la marque, assorties de conditions illisibles et croisées… Bref, s'il y avait un outil numérique à inventer pour les sites de constructeurs automobiles, ce serait sans doute une calculette — ou du moins un simulateur d'achat.

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Flickr, Racineur

Un des problèmes majeurs (quasi insoluble à court terme) reste que l'objet-automobile nous était jusqu'alors présenté (par les communicants) comme un produit de luxe (liberté, confort, sensualité, volupté) et que soudain, son axe de communication semble n'être plus que le prix. Quel contre-sens ! La base du luxe n'est-elle pas justement de ne JAMAIS parler d'argent ; personne n'a jamais vu de soldes chez Vuitton. Du moins pas encore…

Notons enfin (et c'est peut-être là l'essentiel), une nette accélération en terme d'usages et de besoins de locomotion — fort développement des transports en commun, retour anachronique de la bicyclette, « envol » du train, éparpillement des objets du désir, respect de l'environnement, nomadisme numérique… A ce rythme, la voiture risque très vite de redevenir un produit de luxe — comme à la belle époque — qui devra alors être traitée comme tel... D'ici là….

(1) Un « état général » dont nous n'avions jamais entendu parlé, mais qui se profile gentiment à l'horizon : les états généraux de l'alcool.

(2) Chez Citroën, c'est « Qui veut gagner 1000 euros ? »

Le juste prix

Le Sénat — dont voici le pitoyable site, très « fin de siècle » — a confirmé hier que la connexion Internet des « personnes » téléchargeant des œuvres de manière illégale, serait suspendue — après avertissement par mail, puis par lettre recommandée.

Ne nous reste plus qu'à passer nos nuits à télécharger consciencieusement la discothèque idéale avant de recevoir le premier avertissement — voire le second pour les plus téméraires d'entre nous… ou ceux qui préfèrent quitter le pays.

Ajuster les prix à la réalité du marché (b-a-ba du commerce) aurait été une bien meilleure solution économique ; les « personnes » suspendues resteront à jamais des consommateurs perdus…

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Flickr, Baijg

De toute évidence, on aurait du mal à nous expliquer comment un album téléchargé par nos soins coute quasiment le même prix qu'un album normal, sans distribution, ni magasin, ni vendeur, ni caissière, ni surveillant, ni pochette, ni boitier, ni CD… ?!

Chacun sait que la distribution d'un produit — quel que soit le produit —, coute déjà environ la moitié du prix de revient ; la gratuité semble alors bien plus près du prix réel.

Un exemple terrifiant : l'album de Bénabar « au grand Rex », 2 CD en plastique prix Fnac 13 euros, le même en téléchargement sur Starzik 14,99 euros, et pire encore, 19,99 euros sur le site du VirginMegaWeb.

Bah, comme la presse et les banques, l'industrie du disque ne croit pas à Internet, ennemi public numéro un !

Le retour du multimédia

Suite à la publication du passionnant (mais ésotérique) rapport Giazza sur les médias et le numérique — téléchargeable ici —, remis furtivement à l'Elysée le 17 septembre dernier, s'ouvrent aujourd'hui les Etats généraux de la presse (écrite) surnommés plaisamment le « Grenelle de la presse » ; notons au passage qu'en cette période de crise, la « grenélisation » de notre espace vital est plus que jamais à l'ordre du jour.

Bref, objectif de ce Grenelle-ci : trouver des solutions concrètes aux difficultés de la presse écrite face, et je cite là les mots présidentiels, « à Internet, qui est un problème considérable » et aux journaux gratuits ; une fois de plus, les nouveaux médias, alliés historiques de la gratuité, jouent leur rôle de boucs émissaires.

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Flickr, Rougerouge

Mais bien avant que ces Etats généraux ne débutent, une première piste de réflexion semblait « fortement préconisée » par les conseillers de l'Elysée : favoriser la création de groupes multimédias ; autrement dit, offrir plus de souplesse aux professionnels de la profession présents dans la salle.

Souhaitons en tout cas que les rapporteurs n'oublient pas d'indiquer dans leurs conclusions que les fameux nouveaux médias (appréhendés comme l'ennemi juré) sont, en outre, conçus par ces mêmes groupes de presse (écrite), au sein même de leur rédaction, à partir du même contenu. Sans cette prise de conscience essentielle et utopique, la création de groupes « multimédia » n'aura aucun sens.

À suivre…

Néologisme

« Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde, Albert Camus »
annonce d'emblée le site de la Commission Spécialisée de Terminologie et de Néologie de l'Informatique et des Composants Electroniques.

Non contents d'avoir inventé les termes arrosage (pour spam), frimousses (pour smiley), causette (pour chat) et fenêtre intruse (pour pop-up), nos valeureux académiciens persévèrent dans leur combat contre les moulins à vent, en décrétant le mot arrobe pour arobase.

Chargés d'institutionnaliser le jargon lié aux nouveaux médias, les gens de ladite commission feraient bien de chercher trouver d'abord un autre sigle, s'ils ne veulent pas participer, eux aussi, au malheur du monde.

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