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Institutions

Par Thierry Aoudja20 février 2010publié à 21:21 dans communiquer

Brazil

Dès l'invention du CD-Rom, au début des années 80 (1), les firmes de l'électronique (Philips, Sony, Hitachi) nous ont vendu le numérique comme, entre autres, le stade ultime du stockage (sécurisé et éternel), la forme la plus aboutie de l'archivage des données depuis l'invention du papyrus ; à la longue, répétaient-elles, le papier moisit, le magnétique s'use, le vinyle se raie, mais le bit restera intact devant l'Eternel ! Soit...

Malgré ces charmantes prophéties, par les temps qui courent, il semblerait qu'il soit plus facile de mettre la main sur la version originale de l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert in folio en 17 volumes datée de 1772, ou sur un vinyle de musique cajun des années 30, que d'accéder au site Internet de La Redoute millésimé 1997. Essayez pour voir… !

Pour remédier à ce léger désagrément, depuis le 1er aout 2006, la loi française (2) a obligé la BnF à « collecter, conserver et communiquer les sites Internet du domaine français au titre du dépôt légal » ; en clair, les petites mains de BnF ont une (nouvelle) mission : celle de moissonner (sic), et d'aspirer le web français. Sage initiative — qui ne règlera pas pour autant l'impossibilité d'accéder aux sites Internet autochtones d'avant 2006 — les meilleurs ;-) —, perdus à tout jamais dans l'océan numérique (3).

Autre complication, et non des moindres, la majorité des sites, aspirés par les gentils « robots institutionnels », ne sont consultables (dans un premier temps) que sur place, c.a.d. Quai François-Mauriac 75706 Paris Cedex 13 (Métro Ligne 14), et nulle part ailleurs…! L'homme de la rue, contribuable à merci, aurait aimé mieux : par exemple, pouvoir les consulter de chez lui, ou, soyons fous, de son smartphone à la terrasse du café du coin.

Alors pour cela, on se rabattra sur Archives, initiative privée US — qui plus est since 1997.

(1) Le premier CD-Rom commercialisé en aout 1982 fut The Visitors du groupe ABBA.

(2) Loi n°2006-961 du 1 août 2006 relative au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information

(3) Mais où est donc passé le site de Libération que nous (neo05) avions soigneusement conçu en 2003 ? Toujours dans la rubrique « Avis de décès », signalons la récente disparation de notre amie Zazieweb, magazine littéraire désormais perdu en haute mer.

Par Thierry Aoudja20 octobre 2009publié à 18:38 dans perspectives

L'enquête

Une enquête sur les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique (1), réalisée par le ministère de la culture et de la communication — plus de 10 ans après la précédente ! —, a été dévoilée à la presse le 14 octobre dernier, sans tambour, ni trompette. Qu'y apprend-on en fin de compte ? Pas grand chose, si on se contente d'en citer sagement les principaux chiffres — ce que savent si bien faire les médias en guise d'analyse.

Et l'article du Monde, daté du même jour, ne faillit pas à la règle ; il se situe dans l'instant (en octobre 2009), soulignant — chiffres à l'appui — que nos jeunes vont moins au théâtre que nos seniors (comme avant), ou qu'ils passent leur temps à écouter de la musique (en ligne) et à s'adonner aux nouveaux sports cérébraux que sont les jeux vidéos (comme avant). Rien n'a vraiment changé, et, sous entendu, ne changera jamais.

Contrairement à ce que l'on pourrait en attendre, on n'y trouve nulle perspective d'avenir, mais plutôt une description étroitement réaliste d'un monde culturel précis (celui du siècle dernier), celui du ministère de la culture. A la question « Quel loisir avez-vous pratiqué durant ces douze derniers mois », les seules réponses proposées étaient : couture et tricotage, mots croisés, petits plats, bricolage, potager, jardin ou jeux de sociétés... No comment !

Ainsi, cette étude qui devrait nous confirmer qu'en 10 ans le monde a profondément changé, que notre rapport à l'écran est désormais quasi-physique et qu'une forte accélération est en cours, nous apprend modestement que 7% des jeunes (15-19 ans) tricotent, que 42% font des mots-croisés, que 28% bricolent et que 59% jouent aux cartes (voire au scrabble).

En fin de compte, comme disait Roland Barthes, cette étude, ne « sert qu'à exorciser le réel en le nommant ».

Par Thierry Aoudja03 juillet 2009publié à 09:24 dans se divertir

Vieux jeux

Y'a pas à dire : le décalage, que dis-je le décalage, le gouffre existant entre les institutions et la vraie vie reste — et restera — notre principale source de désolation. A titre d'exemple : la nouvelle loi sur l'ouverture des paris en ligne à la concurrence n'autorisera — côté game — que le jeu de poker… Pfff ! Pourquoi pas le Solitaire, Super Mario ou le Pong tant qu'ils y sont ?!... Le puissant lobbying de La Française des Jeux a visiblement une fois de plus porté ses fruits (1).

Mais la réalité (du jeu) est toute autre : avec 6 millions de consoles de salons, 10 millions de consoles portables — sans parler des mobiles et PC immobiles —, les Français sont devenus joueurs voire multi-joueurs, et en croire les bavardages affichés sur les blogs de "gamers", le jeu de poker ne semble pas être leur principal centre d'intérêt.

titre

Flickr, ThinhHoang

Il est à parier — si j'ose dire — qu'à l'occasion de la 4ème édition de l'IDEF Expo — Interactive & Digital Entertainment Festival — organisée cette semaine à Cannes, il ne sera pas trop question de poker, mais de gros sous ; 3,4 milliards d'euros pour le seul marché français des jeux interactifs — plus de trois fois celui du disque !

Alors, au diable la vertigineuse dégringolade du chiffre d'affaire de l'industrie musicale (-14% en 2008), l'augmentation de celui des jeux (+18% sur la même période) suffira amplement à nous remonter le moral durant cet été — qui selon la rumeur s'annonce caniculaire, grippal et casanier — donc ludique et culturel (2)

Bonnes lunes estivales, merci à nos désormais 13 500 visiteurs uniques (mensuels), et à très bientôt sur nos lignes (3).

  • --

(1) Question : l'engagement de la Française des Jeux dans le cyclisme — sport dont l'image de probité est pour le moins altérée — est-elle conciliable avec l'organisation de paris ?

(2) A ce propos, durant cet été polychrome, l'agence neo05 vous propose quelques suggestions culturelles.

(3) Prochain numéro : pleine lune du 4 septembre 2009

Par Thierry Aoudja07 juin 2009publié à 11:35 dans perspectives

Tous journalistes ?

A l'approche de l'été — l'agenda des hommes est ainsi fait —, les élèves de Première et Terminale, tous désormais issus de la « Net génération », sont traditionnellement invités à prouver leur connaissance générale lors des épreuves du baccalauréat.

Cet examen solennel, basé depuis la révolution sur l'aptitude des candidats à mémoriser répéter ce qu'on leur a appris, est-il encore, dans sa forme actuelle, compatible avec les nouveaux usages liés à Internetcette mémoire collective ?

titre

Flickr, Thomas Hawk

La réponse — comprise dans la question — a été apportée dernièrement par le gouvernement danois qui vient d'autoriser — à titre expérimental — les candidats au baccalauréat à utiliser Internet durant les épreuves. Si ces tests sont concluants, la mesure pourrait être généralisée dès 2011 (au Danemark) ; et sans nul doute, prochainement, dans tout le monde occidental — seuls les pays de cette zone possédant l'équipement technique nécessaire.

Incitée dès lors à apprendre à découvrir — plutôt qu'à apprendre tout court —, à faire sa propre « analyse/synthèse » de l'information — le mot est lâché —, la future génération , dite « génération silencieuse », risque fort de confirmer la tendance lourde d'une génération de journalistes.

Par Thierry Aoudja22 avril 2009publié à 20:02 dans perspectives

Les pirates

Chacun d'entre nous y a songé : peut-on mettre décemment en rapport la nouvelle piraterie numérique — dont la polémique à propos de la loi Hadopi (1) et l'affaire « Pirates Bay » ne sont que les parties visibles — et la brusque recrudescence de la piraterie maritime au large de la Somalie ? Tentative de réponse...

« Act now, tomorrow too late » annonçait le site de Pirates Bay dont les joyeux organisateurs viennent d'être condamnés à un an de prison ferme par un tribunal de Stockholm (Europe). Cette décision de justice, pour le moins ultra médiatisée, satisfera sûrement Pascal Nègre (sorte de corsaire moderne cherchant à thésauriser les derniers roupies de l'ancien monde sédentaire) mais sûrement pas les pionniers du monde nomade si cher à Jacques Attali ; un débat en prime-time entre les deux hommes ne serait d'ailleurs pas de trop !

La piraterie (2) a toujours émergé durant les périodes de forte désaffection ou de fébrilité des états : affaiblissement de l'empire romain dès la fin du Ier siècle av. J.C, fragilité des nouvelles colonies suite à la découverte des « Indes » jusqu'au début du XVIIIe siècle : devra-t-on bientôt y ajouter l'étourdissement des états suite à la crise qui frappa l'humanité au début du XXIe siècle… ?

Selon Gilles Lapouge, le pirate est d'abord « un homme qui n'est pas content (…) qui estiment que l'espace terrestre que lui alloue la société est trop étroit, nauséabond, inconfortable (…), il refuse de jouer le jeu ». Le nouvel espace à conquérir est alors maritime, lieu de non-droit par excellence. Espace maritime soit, mais aussi espace de communication ; les voies maritimes — et bien plus tard de chemins de fer — ne sont-elles pas surtout des voies des communication ?

Ainsi, Internet (ultime réseau de navigation et de communication) devient, en ces temps de turbulence, cet espace refuge — de liberté, de non-droits, de gratuité — qui plus est virtuel ! Internet : terre d'exil pour geeks et autre pirate dans l'âme.

——

(1) Pour détourner la loi, des moyens techniques sont déjà proposés ici

(2) Notons au passage que, selon Wikipedia, le mot « pirate » vient du latin pirata qui signifie : qui tente sa chance, qui entreprend.

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