Texte vs hypertexte
Par Thierry Aoudjapublié dans s'informer
Étonnamment, jamais auparavant je n'avais abordé dans ses colonnes le sujet, pourtant si brulant, du journalisme de liens — d'autres le font si bien et si souvent. J'ai malgré tout décidé de m'y aventurer aujourd'hui (en douceur, le sujet est vaste et glissant), d'abord parce que le phénomène prend désormais une ampleur qui dépasse largement la (petite) sphère journalistico-journalistique, ensuite parce que le concept touche aux usages du grand public, cible préférée de votre serviteur.
Oui, il existe (et il existera) dorénavant deux formes de journalistes (distincts et à terme dissociables) : pour simplifier, il y a (et il y aura) d'un côté, les journalistes classiques — ce terme n'a ici rien de péjoratif, bien au contraire —, qui, comme leur nom l'indique, restent fidèles aux grands principes du passé — leur opinion se situe dans le texte, entre la plume et l'encre (1) . Et de l'autre, les journalistes modernes (dits « de liens ») proposant au public un flux d'informations publiées « ailleurs » — leur opinion se situe dans l'hypertexte, dans l'agrégation et au mieux la synthèse.
Mais dans le fond, qu'il exprime son opinion par le texte ou par l'hypertexte, peu importe après tout, si le journaliste est impliqué dans un véritable acte d'investigation et d'écriture dans leur sens le plus noble.

Flickr, ThinhHoang
Quant aux usages, ces deux catégories nous proposent des univers (mentaux) bien différents voire opposés. Dans l'une, nous sommes gentiment invités à découvrir (et à apprécier) l'opinion — en réalité, le style — d'un journaliste, d'un chroniqueur et bien sûr d'un titre — plaisir assurément littéraire.
Dans l'autre, l'internaute est convié à picorer l'information afin — dit-on — de lui donner les moyens de bâtir seul sa propre opinion. Appelons cette posture, la « self made opinion » ; attitude passant pour hautement moderne et démocratique, mais également pour hautement rémunératrice si l'on en croit les chiffres d'audience annoncés par la presse de liens US (2).
(1) Comme le dit le sage Soufi Ibn'Arabi (1165-1240) : « La vérité se cache entre l'intention et l'acte ».
(2) Notamment The Political Browser du Washington Post, ou le très spartiate Drudge Report, qui alimenta en son temps, le scandale Monica Lewinsky.



Commentaires
Publié le 06 novembre 2009 à 17:33 par Gorkh
d'après moi le journalisme "moderne" ne sera intéressant que le jour où il cessera le "no point de vue". Imaginez Screenstory sans le point de vue de l'auteur ;-)
Publié le 06 novembre 2009 à 10:39 par Marco
espérons que "les journalistes classiques" subsisteront sinon avec eux périront "les journalistes modernes" !!!