Par Thierry Aoudja19 novembre 2008publié à 12:00 dans communiquer
Connaissance du monde
En ce qui concerne le récit filmé de ses propres aventures, l'homme obéissait jusqu'à présent à une double attirance : une attirance pour le réel – le succès de la télé-réalité en est l'ultime signe contemporain –, et une pour la fiction et sa ribambelle d'artifices. Mélange plus ou moins subtil de ces deux penchants, la fiction documentaire ou docufiction, pur produit du 21è siècle, semble désormais devenir la tendance lourde du programme audiovisuel, et nous le verrons par la suite, de toute communication par l'écran.
De l'animalier Peuple Migrateur au « docu-polar » Faites entrer l'accusé, jusqu'aux jurés du Festival de Cannes décernant cette année la Palme d'Or à une fiction du réel, ce gout nouveau pour cette creative nonfiction (1) s'affirme de jour en jour ; Christophe Hondelatte, se hasardant un temps au conventionnel divertissement culturel a dû apprendre ce phénomène à ses dépends.

Flickr, Orin Optiglot
A y bien réfléchir, ce genre hybride (synthèse improbable entre le vrai et le faux) consiste en réalité, si je puis dire, à mettre en scène une histoire vécue, à « habiller » le réel, à « créer » autour de la réalité, et il n'y aurait qu'un pas à franchir pour affirmer que la communication par l'écran, et internet en particulier, fait aussi partie de ce mouvement irrémédiable.
Donner l'envie à une audience de s'attacher à un contenu réel, un récit — qu'il soit un fait divers, l'histoire du monde ou l'histoire d'une marque —, n'est-ce pas là le but que chaque acteur de la communication par l'écran souhaite atteindre ? Poursuivre à l'avenir cet accord fragile entre contenu (vrai) et création (faux).
(1) creative nonfiction, délicieuse traduction anglo-saxonne du néologisme « docufiction »
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