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Par Thierry Aoudja23 juin 2010publié à 10:57

Génération Z

Aussi étrange que cela puisse paraître, la place de l'écrit dans les activités humaines — et notamment professionnelles —, est en constante augmentation depuis une vingtaine d'années : blogs, mails, commentaires, forums, messageries instantanées, réseaux sociaux, Twitter, sans parler des incontournables compte-rendus de réunion, recommandations, briefs et debriefs, à tel point que certaines marques, élevées depuis des décennies à la culture orale, ferait bien d'anticiper rapidement cet inattendu retour de l'écrit.

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Flickr, Meneer de Braker (Akbar2)

D'un autre côté, les pratiques (d'écriture) en ligne des adolescents évoluent ; depuis un an, le nombre de visites sur la plateforme Skyblog a chuté de 33% tandis que, durant la même période, Facebook annonçait en France une hausse de 33% de ses visiteurs. On est ainsi passé d'une exposition « publique » de soi (le blog), à une exposition réservée à un cercle d'amis choisis (le réseau) : un exhibitionnisme privé en quelque sorte, un petit quart d'heure de gloire entre amis…

Si elles décident de s'immiscer dans ce type de confrérie (ultra ciblé et épistolaire), les marques en question devront également adapter leur mode de communication à ce changement profond des usages ; au risque de perdre définitivement la génération Z (né après 1995) qui ne leur pardonnerait pas cet oubli (1).

(1) Mais au fait, qu'y aura-t-il après la génération Z : la génération A ?

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Par Thierry Aoudja13 mars 2010publié à 09:19

Multimedia, le retour

Il y a encore quelques mois de cela, le terme multimédia, au gout si délicieusement suranné, semblait banni à tout jamais du vocabulaire savamment déployé par toute agence de communication respectable ; seules quelques agences de province semblaient l'assumer voire le revendiquer ; « Je travaille dans le multimédia » pouvait-on même entendre dans certains diners de sous-préfecture. Flash back.

Apparu dans les années 80 suite à l'invention du CD-Rom (autre terme tombé en désuétude), le mot désignait à l'origine la possibilité de consulter différents types de médias : musique, son, images, vidéo — les quadras du web (ceux nés avant le 1er janvier 1970) s'en souviennent certainement, mais aucun d'entre eux (ni moi-même) n'a réellement souhaiter l'adopter — peu à peu, on préféra parler de « nouveaux médias », ou plus chic, de 2.0.

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Flickr, Guervos

Pourtant, à bien observer les us et coutumes des gens réels (1), on s'aperçoit que leur principal mode de consommation (numérique), disons leur usage de l'objet interactif, est fondamentalement basé sur la gestion quotidienne (lecture, écriture, suppression, modification) de musique, son, images et vidéos, et ceci quelque soit l'écran (2) ; l'ergonomie faisant alors bien souvent la différence.

Alors, vu sous cet angle, un retour au multimédia ne serait pas de trop...

(1) L'expression "gens réels" est ici employée par opposition aux gens virtuels, et j'en connais...

(2) Notons que l'Iphone (et bientôt l'iPad), plus que tout autre support numérique, obtint le succès que l'on sait, du fait même de sa parfaite gestion de l'ensemble de ces médias.

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Par Thierry Aoudja20 février 2010publié à 21:21

Brazil

Dès l'invention du CD-Rom, au début des années 80 (1), les firmes de l'électronique (Philips, Sony, Hitachi) nous ont vendu le numérique comme, entre autres, le stade ultime du stockage (sécurisé et éternel), la forme la plus aboutie de l'archivage des données depuis l'invention du papyrus ; à la longue, répétaient-elles, le papier moisit, le magnétique s'use, le vinyle se raie, mais le bit restera intact devant l'Eternel ! Soit...

Malgré ces charmantes prophéties, par les temps qui courent, il semblerait qu'il soit plus facile de mettre la main sur la version originale de l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert in folio en 17 volumes datée de 1772, ou sur un vinyle de musique cajun des années 30, que d'accéder au site Internet de La Redoute millésimé 1997. Essayez pour voir… !

Pour remédier à ce léger désagrément, depuis le 1er aout 2006, la loi française (2) a obligé la BnF à « collecter, conserver et communiquer les sites Internet du domaine français au titre du dépôt légal » ; en clair, les petites mains de BnF ont une (nouvelle) mission : celle de moissonner (sic), et d'aspirer le web français. Sage initiative — qui ne règlera pas pour autant l'impossibilité d'accéder aux sites Internet autochtones d'avant 2006 — les meilleurs ;-) —, perdus à tout jamais dans l'océan numérique (3).

Autre complication, et non des moindres, la majorité des sites, aspirés par les gentils « robots institutionnels », ne sont consultables (dans un premier temps) que sur place, c.a.d. Quai François-Mauriac 75706 Paris Cedex 13 (Métro Ligne 14), et nulle part ailleurs…! L'homme de la rue, contribuable à merci, aurait aimé mieux : par exemple, pouvoir les consulter de chez lui, ou, soyons fous, de son smartphone à la terrasse du café du coin.

Alors pour cela, on se rabattra sur Archives, initiative privée US — qui plus est since 1997.

(1) Le premier CD-Rom commercialisé en aout 1982 fut The Visitors du groupe ABBA.

(2) Loi n°2006-961 du 1 août 2006 relative au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information

(3) Mais où est donc passé le site de Libération que nous (neo05) avions soigneusement conçu en 2003 ? Toujours dans la rubrique « Avis de décès », signalons la récente disparation de notre amie Zazieweb, magazine littéraire désormais perdu en haute mer.

Par Thierry Aoudja12 février 2010publié à 16:49

Le tactile

Selon les préhistoriens, l'une des aptitudes propre à l'homme — et qui a fait de lui le dominant que l'on sait — serait sa formidable dextérité, son infinie capacité de préhension dotée d'un sens tactile hors du commun ; aptitude qui le distinguera irrémédiablement de l'animal et lui permettra bien plus tard d'entrer de plain-pied dans l'ère technologique.

Il n'est pas étonnant alors qu'un des principaux champs d'investigation de la science ergonomique soit consacré aux usages de la main, au sens tactile. Pas de doute, la tendance lourde « écrans tactiles » est tout sauf un hasard ; elle est même la conclusion naturelle de l'histoire de la relation homme/outil...

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Flickr, Lantherev

Or précisément dans ce domaine (les écrans tactiles), la limite d'innovation reste — et restera — liée à la grosseur de nos doigts (environ 1 cm carré) et à la précision de notre vue (baissante à partir de 40 ans). Résultat : le marché des smartphones — réservé jusque là aux jeunes urbains « addict » et autres geeks — ne pourra jamais parvenir à maturité sans la prise en compte de ces deux facteurs morphologiques (1).

Et pour arriver à maturité, un marché ne peut être éternellement réservé à une seule catégorie de population — ici les jeunes aux petits doigts et à la vue perçante — fut-elle fortement consommatrice… Apple l'a bien senti en lançant l'Ipad, clone de l'iPhone version senior.

Seul problème, et non des moindres, désormais l'appareil ne contient plus dans la poche d'un être humain de taille normale, fut-il senior...

(1) Rien d'étonnant à ce que l'ouïe — via la musique — soit le sens mis en avant par les publicitaires de tout poils pour vanter les mérites de l'iPhone, étant donné que ce sens n'exige aucune contrainte physique... ou presque.

Par Thierry Aoudja17 décembre 2009publié à 14:15

L'an 10

Alors que la première décennie du troisième millénaire — que l'on a souvent intitulée ici « les années double zéro » — s'achève dans quelques jours, revenons un instant sur la tendance lourde qui marquera cette période, du moins sur le plan médiatique : je veux parler du Web 2.0, que l'on pourrait résumer par « l'interaction permise (désirée ?) de l'Autre dans sa propre sphère numérique », ou dit autrement, « l'ouverture au marché du concept d'intimité ». Car que l'on soit un groupe, une marque, un média ou un simple individu, il s'agit bien là d'une privatisation de l'intime — et paradoxalement de sa privation (1).

En effet, du triomphe des blogs (journaux intimes par excellence) à la « vague» people ( le populisme de l'intime) sans oublier l'éclatante destinée de Facebook (l'instrumentalisation de l'intime), les usages des nouveaux médias n'ont fait ces derniers temps que « canoniser le Moi » sur la toile...

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Flickr, Infollatus

Les années 10 suivront-t-elles cette vague intimiste ? Rien n'est moins sûr... On perçoit ça et là de nombreuses déceptions voire pire ; oh, rien de très grave pour l'instant : de simples rumeurs dans les salles de presse (marre des commentaires des internautes !) ou dans les couloirs des agences de com' (à quoi sert VRAIMENT ce blog ?). Sans compter que l'usage réel du grand public ne suit pas toujours la tendance...

Pour ma part, je ne serais pas surpris qu'un temps d'arrêt soit nécessaire avant de tester d'autres concepts plus « utiles », reposants, et finalement plus sociaux...

(1) Une idée de cadeau pour Noël : La Privation de l'intime, de Michael Foessel, éditions du Seuil.

(2) Les anti-Facebook seront-ils un jour plus nombreux que les pro-Facebook ? Car n'oublions pas cette règle d'or : seuls 10% des internautes contribuent à 90% du trafic, et les réseaux sociaux ne sont pas épargnés par cette loi.

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